Coup de main des confessions religieuses aux juridictions Gacaca

Les représentants de certaines confessions religieuses se sont engagés à redoubler d'efforts dans leur tâche quotidienne de prédication afin d'amener les présumés génocidaires à faire le plaidoyer de culpabilité.

La promesse a été faite à Madame Domitille Mukantaganzwa, Secrétaire Exécutif du Service National des Juridictions Gacaca, au Centre IWACU de Kabusunzu, ce mercredi 30 mars 2005. Ces représentants des confessions religieuses ont souhaité, en outre, la création d'une commission chargée de préciser le genre de collaboration devant exister entre eux et le Service National des Juridictions Gacaca, avant de convoquer une nouvelle réunion à laquelle participeraient toutes les confessions religieuses. Faut-il signaler que l'Eglise catholique et les Adventistes du 7ème jour dont les adeptes constituent plus de 61% de la population n'ont pas rehaussé de leurs présences cette première rencontre entre l'Instance nationale chargée des juridictions Gacaca et les confessions religieuses.

Mme Domitille Mukantaganzwa, tout en reconnaissant le rôle positif joué par les confessions religieuses dans la sensibilisation sur les Juridictions Gacaca, n'a pas manqué de critiquer vivement certains groupes marginaux comme Mugandamure (chez les musulmans) et Abagorozi et Abakusi (Adventistes) qui déclarent ne reconnaître que la justice de Dieu et créent des confusions au sein de la population. Selon le Secrétaire Exécutif du Service National des Juridictions Gacaca, Mme Mukantaganzwa, de tels individus compromettent un des programmes de l'Etat et doivent cesser ces agissements. " Gacaca est un programme plus religieux que politique car il vise la confession, le pardon et la réconciliation des rwandais ", a-t-elle déclaré.

Pendant cette période de collecte d'informations sur le génocide de 94, il a été remarqué une retenue exagérée de ceux qui ont vécu l'innommable. Certaines gens déchirent les cahiers contenant les informations recueillie, tandis que d'autres refusent de se rendre dans leurs cellules d'autant pour témoigner sur les actes ignobles au moment du génocide des Tutsi. Au cours de cette rencontre d'un jour, Mme Mukantaganzwa a rejeté la théorie du double génocide en précisant qu'il ne faut pas confondre le génocide et les crimes de guerre. Par ailleurs, les auteurs de ces crimes une fois connus, seront poursuivis en justice, a-t-elle souligné.

Depuis le 10 mars 2005, les procès au sein des juridictions Gacaca des secteurs pilotes ont démarré. Au 13 mars, 306 procès étaient prévus à travers tout le pays. 180 prononcés de jugement ont été rendus public. La peine la plus importante concerne les personnes ayant refusé de faire le plaidoyer de culpabilité et s'élève à 30 ans d'emprisonnement. La moins grave est d'une année.

Selon un intervenant, exprimant le sentiment des rescapés semble-t-il, les juridictions Gacaca ne favorisent que les présumés génocidaires car les peines sont réduites pour ceux qui font le plaidoyer de culpabilité mais par contre ne prévoient aucune indemnité aux rescapés. Mme Mukantaganzwa a réagi en déclarant que les juridictions Gacaca favorisent l'éclosion de la vérité sur le génocide, permettent d'éviter l'impunité et conduiront le peuple rwandais à la réconciliation.


Gérard Rugambwa.


La défense du Colonel Simba mise à mal pour son dernier jour.

Depuis le début de son procès en août dernier, le Colonel Aloys Simba avait affirmé qu'il n'avait rien contre les Tutsi. Tentant à nouveau de montrer son affection envers les Tutsi, le Colonel Simba a indiquée que ce sont les massacres des Bagogwe ( un groupe de Tutsi vivant dans les régions de Gisenyi et Ruhengeri au Nord du Rwanda) qui l'avaient amené à démissionner à la tête du MRND à Gikongoro le 12 septembre 1993.

Simba a souligné encore qu'il ne pouvait pas s'associer avec des gens qui étaient devenus des bêtes sauvages et tuant leurs propres frères. " Il serait absurde de penser que je pouvais m'associer avec ces animaux ", insiste-il. A plus forte raison, a-t-il ajouté : " J'ai toujours été l'objet de suspicions parce que j'avais une épouse tutsi et mes enfants s'étaient mariés avec des tutsi à une époque où cela était interdit aux officiers ".

Il a en outre cité plusieurs familles tutsi qu'il aurait protégées et dont il aurait facilité l'évacuation. Dans son contre-interrogatoire, le substitut du procureur Richard Karagyesa (Ugandais) a démontré en se basant sur des documents officiels, dont l'un remontait à 1948, que la femme du Colonel Simba et sa belle fille étaient en réalité des Hutu.

De même, il a produit des documents saisis sur l'accusé dont l'un était intitulé " un homme et son agenda " dans lequel étaient notés les principaux événements durant le génocide en 1994.

Dans son témoignage, Simba a évoqué des dates différentes. Interrogé à ce sujet, il a affirmé que ce document était " un brouillon ". Pour le procureur, ces changements permettent d'affirmer qu'il a joué sur les dates afin de répondre aux accusations du procureur au fur et à mesure des changements de l'acte d'accusation.

Simba Aloys est un colonel à la retraite âgé de 67 ans. Avant le génocide, il était membre du parlement rwandais. Pendant les moments forts des massacres, il a pris la direction de la défense civile dans deux provinces du Sud du pays, Gikongoro, ( sa région natale) et Butare.

Le service de défense civile, constitué de militaires à la retraite ou en activité, de miliciens et de policiers communaux, est accusé d'avoir tué sans compter des membres de l'ethnie tutsi. Comme dans d'autres régions du pays, les massacres commis à Butare et à Gikongoro ont été ceux des tutsi qui avaient quitté leurs domiciles et qu'on avait incité à se réfugier dans des bâtiments publics et dans des églises.

Ils étaient alors encerclés par les membres de la défense civile qui les tuaient avec des grenades, des fusils ou des armes traditionnelles.

L'avocat du colonel Aloys Simba, le Béninois Sadikon Alao avait commencé à présenter sa défense le 13 décembre dernier. Il s'est depuis plaint de ne pas pouvoir le faire dans des conditions normales, ses témoins étant, selon lui, menacés et refusant de comparaître par crainte pour leur sécurité. Selon lui, sur 14 témoins annoncés venant du Rwanda, seuls 4 se sont présentés et deux ont finalement accepté de déposer.

Les parties doivent se rencontrer prochainement pour fixer une date pour les plaidoiries finales.

Sélection faite par Namukunzi Chantal


Démission de l'avocat du président de l'ancien parti au pouvoir MRND


L'avocat Canadien, Monsieur Charles Roach, représentait depuis six ans Mathieu Ngirumpatse, le président du Mouvement Républicain National pour la Démocratie et le développement (MRND). " Mon client veut changer d'avocat. Il ne coopère plus avec moi. Il ne me parle plus " a déclaré à l'agence Hirondelle Monsieur Roach, expliquant les raisons de son départ. Maintenant c'est le co-conseiller, Monsieur Frédéric Weyl (français) qui devient l'avocat principal.

Le départ de Monsieur Roach survient à la veille de la fixation d'une date pour le redémarrage du procès qui a connu des hauts et des bas depuis deux ans. En novembres 2003, le procès de Mathieu Ngirumpatse et ses trois coaccusés avait commencé devant une chambre présidée par le juge Sénégalais Andrésie Vaz. La juge présidente s'est retirée de l'affaire en mai 2004 après avoir été suspectée de partialité. Quatre mois plus tard, ses deux assesseurs ont été également dessaisis du dossier par la chambre d'appel qui a ordonné à cette occasion la tenue d'un nouveau procès. Mathieu Ngirumpatse sera jugé avec ses deux adjoints, le vice-président du parti, Edouard Karemera, et son secrétaire général, Joseph Nzirorera.

Une sélection de Namukunzi Chantal


Kofi Annan et son fils Kojo Annan dans la tourmente du rapport " pétrole contre nourriture "


Le Secrétaire Général de l'ONU Kofi Annan était de nouveau sous le feu des critiques mardi le 29 mars 2005, après la publication d'un rapport sur le scandale " pétrole contre nourriture " mettant en cause les activités de son fils Kojo dans le cadre de ce programme.

Cette commission indépendante critique, pour la première fois, Kofi Annan pour ne pas s'être suffisamment assuré qu'il n'existait pas de conflit d'intérêt dans les affaires de son fils. Mais elle le lave d'éventuelles accusations de trafic d'influence dans l'attribution de contrats à une société employant Kojo Annan.

Dans ce rapport d'étape, l'instance présidée par l'ex-chef de la Réserve fédérale américaine Paul Volcker, met en cause Kojo Annan, l'accusant d'avoir tenté de dissimuler ses relations avec une société travaillant pour le programme de l'ONU " pétrole contre nourriture ". Selon le texte, Kojo Annan " participait activement aux efforts de la coteena " pour cacher ses liens avec cette société suisse, sous contrat avec l'ONU et chargée d'inspecter les importations de marchandises en Irak dans le cadre de ce programme. Ce dernier avait été mis en place pour permettre de 1996 à 2003 à Irak, alors sous embargo, de vendre du pétrole pour acheter des biens de première nécessité pour sa population.

Pour la commission, Kojo Annan " a aussi intentionnellement trompé le secrétaire général (Kofi Annan sur ses liens financiers " avec la coteena. " Des questions importantes restent posées sur les actions de Kojo Annan au cours de l'automne 1998 et sur l'intégrité de ses affaires ", estime la commission, qui dit poursuivre son enquête sur ce point. Il est " improbable " que le contrat avec la coteena aurait été renouvelé si Kofi Annan avait mené une enquête approfondie, ajoute le rapport ; La Commission ajoute cependant ne pas avoir d'éléments montrant que Kofi Annan ait exercé une quelconque " influence " sur l'attribution du contrat. " Aucun élément ne montre que le choix de la coteena en 1998 ait été le sujet d'une influence active ou inappropriée de la part du Secrétaire général Kofi Annan dans le processus de sélection ", dit le texte. La commission conclut que " la coteena a obtenu ce contrat en 1448 parce qu'elle était l'offrant du meilleur marché ".

Le rapport relève en revanche qu'au lendemain de la création de la commission indépendante par le conseil de sécurité de l'ONU, l'ancien chef de cabinet de Monsieur Annan, Iqbal Riza, a fait détruire des documents en 1998 sur " pétrole contre nourriture ".

Le scandale " pétrole contre nourriture " est, depuis sa révélation en Janvier 2004, une source d'embarras grandissant pour l'ONU et son secrétaire général.

En février, un premier rapport d'étape de la commission, Volken avait mis en cause le directeur du programme " pétrole contre nourriture ", Benon Sevan, accusé d'avoir nui " à l'intégrité de l'ONU " en intervenant dans l'attribution des contrats.

" Nous continuons de soutenir le travail du Secrétaire général et nous allons continuer à travailler avec lui et les Nations Unies sur tous les défis que nous rencontrons ", a indiqué le porte-parole de la Maison Blanche scott Mcclellan s'adressant à des journalistes après la publication du rapport.

L'action du patron de l'ONU a reçu le " plein soutien " de Paris et l'appui du président de la commission de l'Union africaine (UA) Alpha Oumar Konaré.

Sélection de Chantal Namukunzi


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