Jean Eudes Mwizere
La philosophie illumine l’esprit
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Philosophe de formation académique, Jean Eudes Mwizere, détenteur d’un diplôme de Maîtrise de l’Université Catholique de l’Afrique de l’Ouest, Unité Universitaire d’Abidjan depuis 2004, est actuellement enseignant des cours relatifs à la Philosophie au Grand Séminaire de Philosophie de Kabgayi, à l’Université Catholique de Kabgayi et à l’Institut Supérieur des Sciences Infirmières de Kabgayi.
Né en 1973 à Gahogo, en face de Kabgayi, District de Muhanga, Province du Sud, Jean Eudes Mwizere entre dans l’école primaire tout près de la Basilique de Kabgayi, en 1981, où il sort avec « une enfantine vocation » qui le poussait vers le sacerdoce et c’est pour cela qu’il choisit le chemin du Petit Séminaire de Kabgayi en 1988.
Six ans durant, confronté à la rigueur de la discipline et des cours ; notamment le Latin, Mwizere continue à nourrir sa vocation et à la purifier si bien qu’a la fin de ses études au Petit Séminaire, il intègre le Séminaire propédeutique de Rutongo en 1995.
Mwizere entame les cours de Philosophie en 1997 lorsqu’il entre au Grand Séminaire de Philosophie qui, jusque - là se trouve à Nyakibanda en attendant son retour sur Kabgayi. Deux ans durant, le goût du sacerdoce s’affine et l’oriente vers les Pères Dominicains qu’il ambrasse en 1998. Mwizere devient ainsi Postulant à Bujumbura durant deux mois avant de revenir à Kacyiru, Kigali, chez les Pères Dominicains pour un noviciat d’une année.
Chez les Dominicains, le chemin devant trop étroit, Jean Eudes Mwizere préfère s’engager sur une « auto-route », non pas pour un signe de la perte de la foi catholique mais pour aller mettre en œuvre sa vocation sous une autre forme. Ainsi, voilà Mwizere au Petit Séminaire de Kabgayi de 1999 à 2001 où il est chargé de la discipline des « présumés futurs prêtres ».
Rira bien qui rira comme Jean Eudes Mwizere en décembre 2001 quand il prend l’avion pour les études supérieures à Abidjan où il réussit avec brio la Métaphysique, une Branche de la Philosophie.
Considérant que les Philosophes ont leurs réflexions auxquelles le commun des mortels ne prédispose pas, La Nouvelle Relève a voulu vous faire prêter l’oreille ou dans ce cas précis, vous faire prêter les yeux au dialogue entretenu avec le « sage ».
La Nouvelle Relève (LNR) : Peut-on devenir philosophe ou l’on naît philosophe?
Jean Eudes Mwizere (JEM) : Dites plutôt que l’on peut porter le nom de philosophe suite à la formation reçue ou au savoir être que la personne concernée a adopté et l’un de ces cas ne peut pas exclure l’autre.
LNR : Mais, les premiers philosophes n’avaient pas la formation académique
JEM : Les temps ont changé, à l’époque actuelle on ne peut pas être philosophe sans avoir appris la philosophie mais on peut apprendre la philosophie sans être philosophe.
LNR : Dans ce cas quels sont les traits essentiels d’un philosophe ?
JEM : Le philosophe est tout d’abord une personne qui est passionnée par les problèmes de la société et qui veut leur chercher des solutions. Le philosophe veut toujours prévenir ces problèmes, faire des analyses profondes de tout ce qu’il voit au-delà de l’apparaître. Le philosophe peut percer et voir très loin.
LNR : C’est pour dire que le philosophe est un savant par excellence ?
JEM : Effectivement et même étymologiquement, le philosophe est un savant, un sage qui a un très grand bagage intellectuel dans plusieurs domaines de la connaissance. Un savant qui cherche à déterminer le convenable, le pourquoi des choses ou leur cause première.
LNR : Dans ce cas que font les autres Sciences ?
JEM : Les autres Sciences exactes ou sociales cherchent à déterminer les causes secondes. Par exemple, devant un cas de divorce dans un couple, les autres Sciences vont se préoccuper des causes secondes comme le fait d’avoir frappé la femme, les injures ou insultes, la saleté de la part de la femme, l’avarice du mari, etc., comme cause de ce divorce. Mais pour un philosophe, la réflexion va pousser très loin et chercher à découvrir par exemple que le fondement de leur mariage était matériel, donc qu’il n’y avait pas d’amour.
LNR : Jusqu’aujourd’hui, certaines personnes pensent qu’un philosophe n’a pas souci de propreté de son corps, ni de ses habits
JEM : Les philosophes qui se comporteraient comme cela affichent une déviation qui découle d’un autre courant philosophique de l’Antiquité mais qui n’est pas à promouvoir.
LNR : Concernant Dieu, les philosophes ont leur propre monde
JEM : D’emblée, il faut savoir, bien sûr, que les philosophes ont leur dieu différent de Celui que les religions prêchent. Le dieu des philosophes est un être parfait, immatériel, tout-puissant, libre, qualifié de bien absolu, souverain. Il est le sage par excellence, source de toute connaissance. C’est la vérité nue comme j’aime le dire.
LNR : Vous êtes athée dans ce cas ?
JEM : Les philosophes peuvent avoir la tendance des intellectuels d’être indifférents des religions mais l’athéisme, comme tel, n’est pas. Je reconnais que la conception de l’être en tant qu’être de tel philosophe peut donner l’impression qu’il est athée alors qu’il ne l’est pas. Par exemple, Jean Paul Sartre n’admet pas un dieu qui ôterait l’homme de sa liberté alors que ce dieu n’existe pas et qu’aucune religion ne peut le prêcher. Donc, Sartre n’est pas athée, il est conséquent avec lui-même, honnête. En le qualifiant d’athée, c’est une impression de ceux qui n’ont pas compris sa philosophie.
LNR : Comment concevez-vous l’au delà ?
JEM : L’homme aura atteint un progrès par rapport à cette vie. Dans l’au delà, l’esprit de l’homme dépouillé de son corps sera plus libre. Prenez comme comparaison le fœtus qui, en subissant le progrès, devient le bébé, plus tard l’adulte, etc.
LNR : Et cela est bon ?
JEM : Dans ce processus de progression, l’homme tend vers une vie parfaite qui n’aura jamais faim, ni soif. Ne voyez-vous pas que c’est bon ?
LNR : Comment admettre cette vie sans l’avoir connue?
JEM : Il est question de logique. La raison est capable d’atteindre cette connaissance.
LNR : Quel rôle qu’un philosophe peut occuper dans les préoccupations des Rwandais ?
JEM : C’est le rôle des intellectuels. Nous autres philosophes sommes de bons conseillers politiques car nous avons le privilège de cerner le convenable dans un domaine précis.
LNR : Votre message
JEM : La philosophie nous illumine l’esprit et il ne faut pas la craindre en pensant qu’elle est une Science qui embrouille. La philosophie nous met en face de la réalité et nous rend réaliste. Mais dans tout cela, il faut savoir que le philosophe n’est pas fanatique. Il est une personne libre vis-à-vis d’un courant philosophique et reste toujours armé d’un esprit critique. Ne pas aimer le philosophie revient à manquer l’opportunité de connaître, de façon plus ou moins élevée, les bases du savoir être.
Propos recueillis par Viateur Bizimana
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