Histoire de la coupe d'Afrique des Nations
Elle est la plus convoitée, la plus disputée aussi, par la cinquantaine que rassemble le continent africain. Elle, c'est la coupe d'Afrique des nations, sortie tout droit de l'imagination fertile de quelques dirigeants de fédérations africaines. Jusqu'alors, le football du continent n'avait eu droit qu'à des accessits, l'Egypte s'en octroyant la plus belle part. D'une participation à des jeux olympiques à la coupe du monde 1934, les Pharaons ont offert un football technique et brillant. Mais à part eux, rien ou presque. Il faut attendre les lendemains de la seconde guerre mondiale, propice au mouvement de décolonisation pour que s'organise le mouvement d'émancipation du football africain. En 1956, les pays d'Afrique, membres de la FIFA se comptent sur les doigts d'un main. L'Egypte l'est depuis 1923, ce qui lui a valu d'être conviée à la coupe du monde, l'Ethiopie s'est affiliée en 1953, devancée par l'Afrique du Sud en 1952 et le Soudan. Le 07 Juin 1956, les délégués des fédérations du Soudan, de l'Egypte, de l'Afrique du Sud, se sont donnés rendez-vous dans les salons de l'hôtel Avenida à Lisbonne au Portugal en marge du 30ème congrès de la FIFA.
Jay jay Okocha auteur du 1000 emme but de la CAN
Ils sollicitent auprès du président de la FIFA d'alors l'Anglais Arthur Dewry, l'application de l'article 8 des statut qui précise que les associations nationales affiliées à la FIFA appartenant géographiquement au même continent peuvent se grouper en confédérations que la FIFA reconnaîtra. Lorsqu'ils se séparent le 08 Juin, ils se promettent de se retrouver au début de l'année 1957 à Khartoum, où devra être désigné l'acte de naissance de la confédération africaine de football (CAF) et sera donné le coup d'envoi de la première CAN. Fidèles à leur engagement, cette poignée de dirigeants très motivés fêtant leurs retrouvailles, le 08 Février 1957 à Khartoum, la capital du Soudan dans le salon du " Grand Hôtel ". C'est là qu'ils tiennent l'ensemble constitutive de la CAF. Un projet des statuts est adopté à l'issue des discussions. Sur leur lancée, les délégués de l'Afrique du Sud, du Soudan, de l'Ethiopie et de l'Egypte en profitent pour édicter le règlement de la future coupe d'Afrique des Nations. C'est l'Egyptien Abdelaziz Abdallah Salem qui est élu premier président de la CAF. Parce qu'ils ne conçoivent pas une confédération sans compétition, les fondateurs de la confédération décident d'accélérer le processus du coup d'envoi de la première phase finale de la CAN. Ce sera pour le 10 Février, soit deux jours plus tard. L'épreuve est immédiatement dotée d'un trophée offert par le président Salem, et la CAF fixe, pour l'anecdote, le droit d'engagement dans cette compétition à 15 lires egyptiennes. Ne peuvent y participer que les fédérations des pays affiliées à la CAF. Il est également décidé de la périodicité de l'épreuve qui sera de deux ans. Elle n'a jamais changé depuis, malgré des demandes pour qu'elle devienne quadriennale. Immédiatement, un comité d'organisation de la CAN est rassemblé. Deux demi-finales, Egypte-Soudan et Ethiopie-Afrique du Sud, sont tirés au sort. La toute première tâche de la CAF et de ce comité d'organisation sera d'examiner la requête de l'Afrique du Sud dont le délégué à Khartoum a annoncé que son pays prendrait part à la compétition mais il refuse que l'équipe présentée par Prétoria soit multiraciale, ainsi que l'a exigé la CAF.
A l'époque, le régime d'Apartheid règne dans ce pays. Déjà, lors d'un comité d'urgence de la FIFA, réuni le 8 Mai 1955, la question de la discrimination raciale a été débattue. Le comité décide d'ailleurs que la fédération sud-africaine n'est pas représentative. Puisqu'elle ne souhaite pas accéder à la volonté de la CAF, l'Afrique du Sud est déclarée forfait. Le bannissement de la puissance australe va durer trente-cinq ans. Elle n'effectuera son retour dans le giron de la CAF et de la FIFA qu'en 1992, avec l'abolition de l'apartheid . De leur côté, Egypte et Soudan sont partisans d'une poule à trois. Un haut fonctionnaire Ethiopien Ydnekatchew Tessema, qui deviendra quelques années plus tard président de la CAF, refuse cette option. Selon lui, l'Ethiopie est qualifiée pour la finale, puisque son adversaire en demi, l'Afrique du sud, est victime d'un forfait. C'est en définitive son option qui sera retenue.
La première édition de la CAN se dispute donc les 10 et 15 Février 1957. Trente mille spectateurs ont pris place dans le nouveau stade de Khartoum. Raafat et Ad-Diba donnent la victoire aux Egyptiens (2 - 1) face aux Soudanais. Les pharaons qui ont l'occasion de briller régulièrement depuis plusieurs décennies, remportent ce premier derby du Nil. Quelques jours plus tard, en finale, l'Egypte terrasse cette fois l'Ethiopie, qualifiée d'office (4 - 0). De nouveau, Ad-Diba s'illustre et réalise ce jour-là le premier quadruplé de l'histoire de la CAN. C'est le premier ministre du Soudan Sayed Ismaïl Al-Azhari qui remet le trophée au capitaine des Pharaons, Rafat Atia. La suite est digne d'une époque, puisque le nombre de participants va suivre une courbe exponentielle, en 1962, on passe de trois à quatre participants. Ils seront six au Ghana, huit en Ethiopie en 1968. Pendant 24 ans, ça sera le format idéal adopté par la CAF. 15 pays participent à la CAN 1996 en Afrique du Sud, le Nigeria ayant déclaré forfait.La première CAN à 16 puisque dans l'entre-temps la CAF a entériné ce nombre, se déroule en 1998 au Burkina Faso. Un chiffre qui n'a pas évolué contrairement au nombre des pays engagés en éliminatoires qui avoisine la cinquantaine. L'Egypte, pays fondateur, a déjà abrité quatre finales et en vivra une cinquième 2006. Le Cameroun, l'Egypte et le Ghana ont déjà remporté le titre à quatre reprises. Seules treize pays sont parvenues à remporter la CAN au moins une fois depuis 1957 : L'Afrique du Sud, l'Algérie, Cameroun, Congo, RD Congo, Côte d'Ivoire, Egypte, Ethiopie, Ghana, Maroc, Nigeria, Soudan et Tunisie. Ses éliminatoires pour l'édition 2006 seront également qualificatives pour la coupe du monde en Allemagne. Et nombreux sont ceux qui demandent aujourd'hui qu'elle soit programmée en fin de saison, afin de ne pas perturber les championnats européens, dans lesquels évoluent les meilleurs Africains.
André Mashema.