Les rescapés du génocide s’inquiètent toujours de leur sécurité
Au cours de la fin de cette période de commémoration du 14 ème anniversaire du génocide allant d’Avril à Juillet de chaque année, La Nouvelle Relève a rencontré le collectif des associations des rescapés du génocide Ibuka et a eu un entretien avec le secrétaire exécutif, Monsieur Benoît Kaboyi, qui a expliqué la situation actuelle des rescapés du génocide et leur sécurité en particulier.
Selon le Secrétaire d’Ibuka, la sécurité des rescapés est encore inquiétante, depuis le mois de janvier jusqu’en Juillet, 13 rescapés ont été tués de façon différente. « La plupart de ces cas de tueries se manifestent en province du Sud et précisément dans les districts de Muhanga et Ruhango. Ces victimes ont été, dans la plupart des cas, tabassées et torturées avant d’être tuées », déplore Monsieur Kaboyi.
D’après ce dernier, l’idéologie du génocide se manifeste encore dans plusieurs parties du pays. Les rescapés du génocide reçoivent des menaces verbales, des tracts et autres actes tels que le jet de pierres sur les toits de leurs maisons et bien d’autres.
Ces menaces sont souvent accentués au cours de cette période de commémorations du génocide, pendant que tous les rescapés se souviennent de leur calvaire de 1994 , a-t-il poursuivi. « Il est plus étonnant que ce calvaire enduré par ces victimes ait été perpétré par leurs voisins et amis. Ce qui est aberrant est que ces derniers continuent de causer des torts aux rescapés jusqu’à présent », s’insurge-t-il.
Malgré la bonne volonté et les efforts fournis par le gouvernement rwandais, dit M.Benoît Kaboyi, les rescapés du génocide font face encore à diverses difficultés, d’autant plus que les conséquences du génocide étaient d’une ampleur trop grande. On compte pour le moment, 30.000 rescapés qui n’ont pas encore eu des logements, il est prévu toutefois la construction d’au moins 10.000 maisons pour cette année, on ne peut être en sécurité sans abris, a-t-il indiqué. « Je suis optimiste que suite à la bonne volonté du gouvernement, les problèmes qu’ont actuellement les rescapés du génocide seront résolus petit à petit », espère M.Benoît Kaboyi.
Le Secrétaire exécutif d’Ibuka a enfin demandé à tous les Rwandais d’aider les rescapés à retrouver la sécurité et d’être près d’eux surtout pendant la période de mauvais souvenir du génocide.
Tout Rwandais devrait être mobilisé pour lutter contre l’idéologie du génocide qui se manifeste encore chez certaines personnes. Même si les efforts du gouvernement rwandais, dans la défense de la cause des rescapés, sont à louer, mais il serait plus noble qu’il (le gouvernement) instaure un fonds de réparation pour les rescapés.
La Nouvelle Relève a également fait une descente dans le district de Ruhango, en province du Sud, là où elle a rencontré certains rescapés du génocide afin de recueillir leurs avis sur leur situation actuelle et leur sécurité en particulier.
Voici quelques témoignages recueillis.
« J’ai perdu presque toute ma famille au cours du génocide, je ne reste qu’ avec un seul enfant. Tous nos biens ont été détruits et emportés par les génocidaires, je n’ai plus ma maison propre, je ne loge que dans une maison donnée par un voisin de bonne foi. Depuis le début des juridictions Gacaca, je suis toujours en insécurité à cause des témoignages que je donnais ! Des pierres sont jetées la nuit au dessus de ma maison, je reçois presque régulièrement des tracts en disant que je serais tuée pour rejoindre ma famille, etc. Je sens que je peux être tuée à tout moment, mais mon cas est connu par les instances de base et sécuritaires », témoigne une des veuves rescapées, trouvée à Ruhango, qui n’a pas voulu que son nom et son adresse soient mentionnés ici pour des raisons de sécurité.
Ces veuves, rescapées de Ruhango, déclarent qu’elles ne se sentent pas en toute sécurité, étant donné que cette région est l’une où l’on retrouve encore l’idéologie du génocide, ceci est manifesté par des meurtres perpétrés de temps en temps contre les rescapés du génocide. Elles demandent aux instances dirigeantes de punir sévèrement ces génocidaires qui ne jurent que d’exterminer les rescapés restant afin d’atteindre leur objectif.
Elles sont en outre revenues sur la question des logements qui reste encore un épineux problème pour la plupart des rescapés de cette région. Elles invitent le gouvernement rwandais à redoubler d’efforts pour que tous les rescapés puissent trouver des logements, d’autant plus que ce problème est l’une des causes d’insécurité pour ces rescapés du génocide.
Notons enfin que la plupart de ces veuves rescapées rencontrées à Ruhango vivent diverses conséquences causées par le génocide. Certaines d’entre elles ont été violées ou attrapé le VIH/SIDA. D’autres ont des maladies chroniques, sont devenues infirmes ou ont perdu certaines parties de leurs corps, ont des cicatrices graves, etc. Tous ces problèmes ne leur permettent pas de travailler et gagner facilement leur vie.
Tout Rwandais devrait avoir un devoir d’aider moralement et matériellement ces rescapés du génocide et sentir que leur sécurité le concerne afin de les aider à retrouver la vie normale comme n’importe quel citoyen qui a le droit de vivre en toute sécurité.
Chantal Namukunzi
Les expropriés de Nsinda insatisfaits du montant leur donné
Suite à l’extension que devrait subir la prison de Nsinda (située dans le District de Rwamagana, Province de l’Est), il a été décidé de faire déménager les habitants de ses environs pour y allouer un espace plus grand où les prisonniers pourront cultiver et effectuer des activités génératrices de revenus.
Après cette décision d’exproprier ces habitants, ces derniers n’ont pas été satisfaits des sommes reçues pour cette expropriation. Selon certains de ces habitants rencontrés aux environs de ladite prison au début de la semaine dernière, ils n’ont pas été satisfaits de la façon dont l’expropriation a été menée. Pour eux, l’on a d’abord calculé la valeur des biens se trouvant sur leurs terrains seulement, en ignorant la valeur de la terre ou du terrain.
D’après ces habitants, leurs doléances ont été transmises au Ministre de la Sécurité Intérieure (ayant les prisons dans sa charge), lors de sa visite dans cette région en 2006, et ce dernier a instruit les instances habilitées à revoir cette question et exproprier ces habitants en tenant compte de leurs réclamations.
« C’est dans ce sens que le montant à donner a été recalculé, mais à notre grande surprise, les sommes signées ne correspondaient pas (étaient supérieures) à celles que nous avons reçues et nous ne comprenons pas ce qui s’est passé. Ces montants sont insignifiants de telle sorte que la plupart d’entre nous ne savent pas quoi faire avec. Certains ont acheté de petites maisons et actuellement, ils n’ont rien à faire, étant donné qu’ils n’ont plus d’espace à cultiver et la grande majorité ne vit que de l’agriculture et de l’élevage.
D’autres, pour le moment, sont sans abris d’autant plus que la somme donnée ne pouvait pas servir à l’achat même d’une petite maison et ils s’en sont servis à louer des logements et, actuellement ils n’ont rien, s’indignent ces habitants expropriés, en citant par après quelques cas concrets.
Une personne parmi nous, précisent-ils, avait signé pour 3.600.000 frw mais s’est vu octroyer 1.200.000 frw seulement. Une autre qui devait avoir plus d’un million n’a reçu que 400.000frw seulement. Une vieille maman qui avait signé pour plus de 1.200.000frw n’a eu finalement que 300.000frw, alors que son terrain était trop grand, donnent-ils des cas de référence.
La plupart des 100 personnes expropriées à Nsinda, affirment ces habitants, ne restent que mains vides d’autant plus que l’argent a été déjà consommé pour le loyer et nourriture car ils n’ont plus actuellement de terrains à cultiver.
En outre, une autre question soulevée par ces expropriés de Nsinda est le fait qu’il était prévu qu’ils emportent les matériaux de leurs anciennes maisons et à la fin, rien n’a été donné à certains expropriés, pour des raisons inconnues.
Par ailleurs, ces habitants déclarent qu’ils ont saisi le district de Rwamagana, le Ministère ayant les prisons dans ses attributions et celui des terres, mais jusqu’à présent ils demeurent sans réponse à leurs doléances.
Avis du district sur les réclamations
Après avoir recueilli les avis de la population expropriée à Nsinda et leurs doléances, La Nouvelle Relève s’est également entretenu avec le Maire du district de Rwamagana pour lui demander son avis sur la question et les stratégies prises pour résoudre ce problème.
Selon Monsieur Valens Ntezirembo, Maire du district de Rwamagana, l’expropriation de ce site a eu lieu en 2004 et a été effectuée par le Ministère ayant les terres dans ses attributions, c’était avant la réforme administrative et avant la promulgation de la nouvelle loi portant sur les terres. « L’expropriation a été effectuée en tenant compte de l’ancienne loi qui stipulait que toutes les terres appartenaient à l’Etat : on devait exproprier seulement les biens (ou activités) se trouvant sur le terrain. C’est dans ce cadre que le montant calculé par le Ministère des terres ne tenait compte que des biens se trouvant sur tout le terrain à exproprier et la somme mise sur le compte du district en 2006, était de 153.392.892 Frw », explique Ntezirembo Valens.
Après l’octroi de cette somme, dit-il, tous les habitants à exproprier ont été invités à préciser leurs numéros de compte, le transfert a été vite fait. Le district a respecté la liste des habitants à exproprier et la somme à donner à chacun d’eux telle que élaborée par le Ministère qui avait effectué cette activité, a-t-il précisé.
« C’est après avoir reçu cet argent que certains habitants ont commencé à se lamenter. Certains disaient que l’argent reçu ne correspondait pas à ce qu’ils devaient avoir; d’autres, que l’octroi de cette somme a connu un grand retard, ce qui fait qu’à ce moment-là sa valeur était considérablement diminuée, de façon que la somme reçue ne leur permettrait pas d’acquérir d’autres maisons ou même d’autres terrains. D’autres soutenaient qu’ils devaient être expropriés en tenant compte de la nouvelle loi », poursuit le Maire du district de Rwamagana.
Des doléances des expropriés tenues en considération
Le district n’était pas compétent seul, a-t-il dit, pour trouver des solutions à cette question, une réunion regroupant toutes les instances ayant un rôle à jouer dans cette affaire (dont les Ministères de la Sécurité Intérieure, des Terres, la Province, district, les instances sécuritaires dont la police et l’armée ainsi que la direction de la prison de Nsinda), a été convoquée afin de trouver une solution conséquente à toutes ces doléances qui venaient d’être posées par ces habitants.
Après l’analyse de la question, les participants à ladite réunion ont constaté trois problèmes et ont pris des décisions telles que précisées par M.Valens Ntezirembo.
En premier lieu, ils ont remarqué des erreurs d’addition commises lors du calcul de ce montant d’expropriation et elles (ces erreurs) devraient être corrigées. Deuxièmement, la doléance des habitants de donner la valeur pas seulement aux biens se trouvant sur le terrain, mais aussi au terrain en soi, a été considérée, mais tout en tenant compte de sa valeur de 2004, lors de l’expropriation du MINITERE.
Troisièmement, les participants à ladite réunion ont décidé enfin que, compte tenu du retard de deux ans qu’a connu l’octroi de cette somme d’expropriation, cette dernière devra être augmentée de 5 % par an comme le stipule la nouvelle loi, partout sur l’expropriation. En tenant compte des décisions prises dans ladite réunion, une autre somme de 204.016.946 Frw, a été augmentée à la première, c’était en octobre 2007, a indiqué Monsieur Valens Ntezirembo.
Le district prêche la patience
« Etant donné que ce budget est prévu dans le budget national et non dans celui du district ou de la province (comme le croient la plupart de ces habitants) depuis ce mois d’octobre 2007, le district a fait une demande de cette deuxième tranche décidée par la réunion, au Ministère des Finances et il attend toujours le déblocage de cet argent. Dès que l’argent sera débloqué, il sera transféré sur les comptes des bénéficiaires » insiste-t-il.
Le Maire du district de Rwamagana reconnaît la souffrance de ces habitants, mais il assure que leur dossier est suivi de prêt et il espère que l’argent sera tout de même débloqué, même si dans de telles situations, cela peut prendre du temps.
S’exprimant sur la question des matériaux qui se trouvaient sur les maisons démolies et qui sont réclam é s par ces habitants expropriés, M. Ntezirembo a déclaré que pour les maisons démolies en premier lieu, ces matériaux avaient été considérés comme les biens de la prison, étant donné qu’ils ont été calculés dans les biens à exproprier et ils ont été stockés et utilisés par la prison de Nsinda. C’est après la demande de ces matériaux au Ministre de la Sécurité Intérieure, par la population, que ce dernier a donné des instructions en disant que les matériaux des habitations non encore démolies soient pris par les propriétaires. Depuis ce temps là, la prison a cessé de prendre ces matériaux car les instructions ont été respectées. Néanmoins, certains habitants ne pourront pas retrouver leurs matériaux, d’autant plus que la grande quantité était déjà utilisée par la prison pour d’autres fins.
Pour le Maire, ils devront comprendre que l’on y peut faire autrement, d’autant plus que ce n’est pas un droit plutôt une faveur surtout que ces matériaux ont été considérés.
Chantal Namukunzi
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