
(Suite du numéro 1076)
Devant le refus constant du régime rwandais de donner le droit de retour au Rwanda des Tutsi exilés, l’affrontement armé devint inévitable : le 1er octobre 1990, les guérilleros du Front Patriotique Rwandais (FPR), lancèrent une offensive en provenance d’Ouganda. Les assassinats ne s’arrêtèrent pas là pour autant : après cette attaque, les Tutsi, du Rwanda comme du FPR, furent diabolisés et pris comme bouc émissaire : « On lyncha, on tortura, on viola, on massacra et on emprisonna, sans épargner ni femmes ni enfants, des citoyens qui n’avaient commis d’autre crime que de ressembler physiquement aux assaillants venus du Nord ». Le Président Habyarimana lui-même lança immédiatement « une campagne contre les Tutsi au pays, les accusant d’être complices du FPR », a soutenu Colette Braeckman, dans son article intitulé "Autopsie d’un génocide planifié au Rwanda", publié dans Le Monde Diplomatique en 1993. De même, « toute personne étrangère qui fréquentait un lignage ennemi était considéré comme lui appartenant et comme pouvant constituer l’objet de la vengeance »
Un accord de paix entre le Président Habyarimana et le FPR finit par être trouvé le 4 août 1993. Cet accord, signé à Arusha, en Tanzanie, organisait un gouvernement de transition, comprenant le gouvernement du Président Habyarimana, les partis de l’opposition interne et le FPR. Afin de surveiller l’exécution de l’accord, et pour faciliter l’intégration des deux armées, une mission des Nations Unies (la MINUAR) fut installée à Kigali. Or, cet accord, qui remettait en cause le pouvoir des Hutu, déplût fortement aux extrémistes de l’entourage du Président Habyarimana. L’exécution de l’accord subit une série de retards, dont la plupart furent causés par le Président Habyarimana et son groupe. De plus, dépassant les barrières partisanes résultant du multipartisme instauré en 1991, les extrémistes Hutu se regroupèrent dans un nouveau parti, le Hutu Power, qui prépara le génocide de 1994. L’idéologie raciste fut d’abord diffusée par la revue Kangura, notoirement soutenue par la belle famille du Président Habyarimana, mais 95% de la population rwandaise était analphabète. Ce fut donc la Radio Télévision Libre des Milles collines (RTLM ) qui prit le relais, pour contrer la propagande de l’émetteur du FPR - Radio- Muhabura.
Après le génocide, une situation si sombre…
Quand la guerre et le génocide ont pris fin le 18 juillet 1994, la situation au Rwanda était si sombre qu’on pouvait à peine la décrire. Rarement un peuple, où que ce soit, n’a eu à surmonter autant d’obstacles apparemment insurmontables avec si peu de ressources. Les blessures physiques et psychologiques se font sentir jusqu’aujourd’hui. Le pays était à l’abandon. Sur une population de sept millions d’habitants avant le génocide, les trois quarts environ avaient été soit tués, soit déplacés ou avaient fui le pays. Des rescapés du génocide ont terriblement souffert. Beaucoup ont été torturés et blessés. De nombreuses femmes ont été violées et humiliées, certaines devenant infectées par le VIH/SIDA. Une nation entière a été meurtrie et traumatisée. Les Rwandais étaient des «morts vivants». Telle était la situation à laquelle le gouvernement devait faire face.
Quelques mois seulement après la fin du génocide, de nombreux étrangers qui sont revenus aider à la reconstruction ont commencé à soutenir qu’il revenait aux Rwandais eux-mêmes de reconstruire leur société. Ils invitaient les Rwandais à «cesser de se morfondre sur leur passé et à concentrer leurs efforts sur la reconstruction de l’avenir». Six mois après la fin du génocide, le personnel des organismes d’aide disait déjà : «d’accord, il y a eu un génocide, mais il est temps de tourner la page pour passer à autre chose».
A suivre…