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Rwanda Broadcasting Agency
      

 

Vol No: 956 [ 22 Mar - 26 Mar 2012 ]   Archives 
LE SECTEUR DE SAVE FACE A UNE INSECURITE ALCOOLIQUE PERSISTANTE
LE SECTEUR DE SAVE FACE A UNE INSECURITE ALCOOLIQUE PERSISTANTE
J. CLAUDE RUBINGISA

Le Secteur de Save est un des secteurs constituant le District de Gisagara. Il vit, depuis longtemps une insécurité permanente due à la fabrication et à la consommation d’une boisson nocive surnommée "Nyirantare". Cette dernière est à la base de nombreux dégâts: coups et blessures, prostitution, conflits conjugaux, meurtres et pauvreté. Pourtant, les autorités du secteur et même du district, n’épargnent aucun effort afin de les éradiquer.

Nous avons, d’emblée, approché la population du secteur de Save pour en savoir net sur cette boisson. Elle nous a expliqué que c’était une sorte de boisson qui faisait entrer beaucoup de recettes, et donc qui constituait la principale activité de la population. La matière première dans laquelle elle est fabriquée n’est pas chère : il suffit de bouillir une certaine quantité d’eau, qu’on mélange avec la levure, et certains autres produits nocifs, tel que la poudre de briques cuites, quitte à conserver ce mélange dans un bidon hermétiquement fermé pendant 2 jours au moins. "On peut aller au-delà, mais pas en dessous du délai", a précisé un jeune homme qui a requis l’anonymat. Plus elle fait longtemps dans des jerricans, plus elle est forte, et, plus elle est vite consommée, plus elle est faible.

Un habitant du secteur, sous le sigle A.N., a signifié que les frais de fabrication du produit sont très minimes, mais le gain trop grand, ce qui fait qu’il soit proliféré partout : "Imaginez-vous qu’une bouteille revient à 150 Francs Rwandais, et un récipient équivalent à 1 litre revienne à 200 Francs". Selon ses estimations, un vendeur peut facilement écouler 30 à 40 litres par jour, soient 6 à 8000 Francs Rwandais. En plus de cela, la boisson est consommée par une très grande partie de la population, dont les hommes, les femmes, les jeunes filles et garçons et même les enfants, qui bousillent sérieusement toutes les recettes. "Franchement, c’est ce qui est à la base de la pauvreté ici", a souligné A.N.

Les conséquences de la consommation de cette boisson sont nombreuses, a avancé Madame Perpétue Mukasine, commerçante rencontrée au centre-ville de la cellule de Rwanza : il y a excès d’ivresse qui provoque une réelle insécurité, les gens se battent tres souvent, se blessent et, des fois, s’entretuent. Par ailleurs, a-t-elle poursuivi, l’adultère s’intensifie avec tout ce qu’elle a comme conséquence : la prostitution, les naissances non-désirées, le VIH, …

A la question de savoir quelle était la stratégie à adopter pour éradiquer à jamais la fabrication et la consommation de cette boisson nocive, Madame Mukasine a répondu qu’elle était pessimiste, car, depuis longtemps, ce problème n’a jamais trouvé d’issue. En effet, a poursuivi la commerçante, la plupart des dirigeants de base, surtout les chefs des villages, sont les premiers à être impliqués dans la fabrication et la commercialisation de "Nyirantare". Ils mettent toutes les batteries en marche pour à la norme d’interdiction de cette boisson, a-t-elle ajouté.

Par ailleurs, elle a fait savoir que certains d’entre eux seraient actuellement riches suite à ce commerce illégal.

"Toutes les batteries en marche…"

Pour se rendre à l’évidence des faits, nous avons approché le Secrétaire Exécutif du Secteur de Save, monsieur Jean Claude Kabalisa. Il nous a rassuré que le secteur qu’il dirige n’était pas classé à la dernière position quant à l’évaluation des performances. En effet, cette dernière n’a pas encore été faite pour 2011(elle aura lieu en juin prochain). Seulement, M. Kabalisa a reconnu le fait que le secteur connaît un problème permanent d’insécurité liée à la fabrication et à la consommation excessive de la boisson "Nyirantare". Il a fait savoir que ce problème a été l’objet de la visite du Ministre de la Sécurité, Sheikh Mussa Fazil Harerimana qui a réuni les autorités et la population. A l’issue de cette réunion, il a été résolu de mettre toutes les batteries en marche, afin d’éradiquer à jamais la fabrication et la consommation de cette boisson très nocive à la sante.

Sitôt dit, sitôt fait, les autorités du secteur, en collaboration avec les instances de sécurité ont multiplié les efforts dans ce grand combat et, selon Jean Claude Kabalisa, on a déjà arrêté de centaines de gens, mais puisque l’infraction en soi n’est pas pénale, on les libère par la suite et ils recommencent. "Il y a ceux que nous avons déjà arrêté plus de dix fois", a-t-il déploré.

Malgré cette difficulté à stopper définitivement la prolifération de la boisson, le Secrétaire Exécutif garde quand même l’espoir que la bataille sera gagnée un jour.

Le secteur de Save qui fait partie du district de Gisagara en province du Sud couvre une superficie de 31 km2. Actuellement, il compte une population d’environ 30.000 habitants répartis dans cinq cellules et 44 villages, soit une densité de 717 hab/km2. La très forte densité démographique influe directement sur la disponibilité des terres arables, sur le mode d'exploitation (surexploitation), sur l'emploi et les revenus familiaux et ont comme conséquences la déscolarisation, l'inaccessibilité aux soins de santé et dans quelques mesures la malnutrition.

En outre, on y dénombre aujourd’hui six écoles primaires, cinq secondaires, un centre de formation des jeunes, une université catholique, ainsi qu’un hôpital. Par ailleurs, il compte un marché, un motel, une banque populaire, une coopérative d’épargne et de crédit (Umurenge-Sacco), et plusieurs coopératives.

Selon le plan de développement communautaire de l’ex district de Save, d'une manière générale, dans le secteur de Save, les points les plus hauts culminent à 1900m d'altitude, tandis que certains bas-fonds se trouvent à moins de 1600m d'altitude. Il est formé en gros d'un plateau d'une altitude comprise entre 1700 et 1750m d'altitude.

Selon le même plan de développement, du point de vue pédologique, le secteur de Save est caractérisé en général par un sol argilo-sablonneux dans le bas fonds et marais, tandis que certains sommets et flancs de collines sont caractérisés par de dalles latéritiques ou roches. Globalement, le sol est de fertilité moyenne. La végétation naturelle est quasi inexistante. Aujourd'hui, elle est surtout constituée par des bananiers à vin et des essences exotiques dont les éléments dominants sont l'avocatier, l'eucalyptus, le grevillea, le pinus et autres différents arbres fruitiers.

Il jouit d'un climat tropical tempéré, avec une température annuelle moyenne variant entre 18 et 20oc, les précipitations annuelles étant de 1339 mm. L'hydrographie du secteur de Save est constituée d'un réseau de sources denses. Des petits ruisseaux serpentent le fond de vallées qui sont encaissées à l'intérieur du secteur.

La question de fabrication et commercialisation illégales des boissons nocives est très délicate et prend de l’ampleur au niveau national. La police Nationale ne cesse de les verser chaque jour, et le Gouvernement n’épargne aucun effort dans la sensibilisation de leurs méfaits. Il est grand temps que toute la population du Rwanda s’en rende compte, afin de se lever pour lutter contre, car, en effet, outre l’insécurité, des vies entières en pâtissent.

Ibitekerezo

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